Traümendes Mädchen

Comme vous le savez, mon blog a pour but la promotion du visual novel en France, mais soyons franc, se contenter d’écrire des critiques sur des VNs professionnels tout droit sortis de l’archipel n’est pas forcément le meilleur moyen d’atteindre cet objectif. Pourtant, c’est ce que j’essaie de faire, tant bien que mal, car contrairement à certains extraterrestres qui réussissent à pondre plusieurs articles en une semaine, je suis facilement distrait par les aléas du quotidien et démotivé par moment quant à la mise à jour de mon blog.

Heureusement, je ne suis pas le seul à m’intéresser à ce média peu connu et plutôt que de donner un avis sur tel ou tel VN, des personnes tentent vaillamment de s’approprier cet outil inusité en France pour diffuser des histoires qui en vaillent le détour. Ils ne critiquent pas les VNs, ils en créent. Ces passionnés se réunissent pour entreprendre un voyage périlleux, et pas toujours récompensé malgré les efforts fournis. Certains groupes se dissolvent avant même d’avoir fait un pas, des solitaires tentent l’aventure et sont oubliés, mais quelques survivants parviennent à voir le bout du tunnel et à mettre les pieds dans une zone qui est déjà une première conquête.

La team Traümendes Mädchen fait partie de ces courageux voyageurs qui, guidés par une motivation hors du commun, viennent de traverser les frontières de la Terre promise. Traümendes Mädchen a pondu trois VNs en tout : Being Beauteous (élaboré durant l’Epitanime 2012, dans le cadre du concours VN), Milk ~ La légende des étoiles (projet de longue haleine dont l’épisode 1 est sorti depuis pas mal de temps), et Ambre (pondu à l’occasion de la NaNoRenO 2013, un concours organisé par Lemma Soft).

Ils arrivent après la team No-Xice, qui avait déjà sorti le « premier visual novel français », Anamnesis (qui fera l’objet d’un article plus tard), mais leur mérite n’est pas moindre, au contraire. Toutefois, les acclamations n’y étaient pas, l’indifférence était de mise. La communauté française ne daignait même pas accorder une quelconque attention au travail de la team Traümendes Mädchen, si ce n’est quelques avis qui ne rendaient pas assez honneur aux kilomètres parcourus.

La faute à un manque d’engouement de la part de la communauté française pour les VNs amateurs, surtout lorsque ceux-ci ne sont pas d’origine japonaise. Je ne blâme pas ce protectionnisme inconscient anti-OELVN, car je ne suis pas le mieux placé pour le faire : je suis également plus attiré par les œuvres professionnelles japonaises, des VNs déjà connus et encensés comme les Key, que par des créations occidentales à budget plus serré. C’est difficile de se détacher de cette tendance, soyons honnête.

Cependant, si on veut promouvoir le VN en France, il ne faut pas s’enfermer dans la seule promotion des VNs japonais en France. Le VN est un média à part entière, un outil de diffusion d’histoires que n’importe qui pourrait essayer, comme les Occidentaux, et plus particulièrement les francophones. Et lorsque ces derniers s’avancent sur ce terrain périlleux, nous devons à tout prix les soutenir si nous désirons réellement promouvoir le VN en France. Le VN n’est pas forcément érotique, n’est pas forcément un « jeu de drague », n’est pas forcément un truc de pervers japonais développé à but masturbatoire. Quelques étroits d’esprit se contenteraient d’aller vérifier sur la base de données de vndb qu’il y a une majorité d’eroge parmi les VNs pour prétendre tout savoir sur le média et le refouler dans la partie honteuse de la culture populaire japonaise. Eh bien, ils ont tort.

Et qui mieux que les francophones pourraient développer un VN français capable de briser ces clichés que l’on a sur le média ?

Si on en revient à la team Traümendes Mädchen, j’ai toujours été intéressé par les créations auxquelles cette équipe pourrait donner vie. De l’intérêt, de la curiosité pour les rares personnes à s’être lancées dans l’élaboration de VNs dans la langue de Molière. J’attendais la sortie de Milk avec impatience, la très sympathique scénariste Helia ayant mis toute son âme à l’ouvrage, fidèlement soutenue par son équipe.
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BB

Pour nous faire patienter et découvrir leur potentiel, les membres de Traümendes Mädchen nous avaient concocté un court KN, Being Beauteous, durant l’Epitanime 2012, qui est une reprise du conte populaire Cendrillon avec un « petit twist scénaristique à la clé ». Bien que conçu durant le concours, BB était un projet hors concours à cause d’un problème de thème incompatible avec le sujet demandé par les organisateurs de l’évènement. Toujours est-il qu’on a eu droit à un travail de qualité qui m’a totalement charmé, cette « révision » de Cendrillon, plus sombre que la célèbre version de Charles Perrault, étant une alternative fascinante sans prétention aucune de la remplacer. En plus, il est court à lire, accompagné de beaux dessins et d’une musique féérique teintée de mélancolie. Bref, ce n’est en aucun une perte de temps et je vous invite à y jeter un œil, parce qu’il en vaut la chandelle.
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MilkOn a ensuite eu droit à la sortie du fameux Milk, que j’ai pu lire en avant-première en tant que bêta-testeur. Ce drôle de VN présente Târo, un fils de fermier qui, à cause de l’âge avancé de sa vache, doit recruter parmi plusieurs vaches humanoïdes (oui, vous avez bien lu !) une remplaçante. Le problème, c’est qu’elles sont toutes plus loufoques les unes que les autres et Târo aura beaucoup de mal à faire son choix. Contrairement à BB, Milk propose une histoire plus longue et un tantinet plus ambitieuse, l’intrigue se révélant plus compliquée qu’elle ne le paraissait au premier abord. On a un mélange entre une atmosphère frivole (les vaches y contribuant beaucoup, et le passage du recrutement est mon préféré) et un ton légèrement dramatique qui n’est pas désagréable. Certains passages avec un « être venu d’ailleurs » rendent l’histoire assez curieuse, on a du mal à savoir où ça va nous mener. Les personnages sont mignons, mais on peut regretter un changement de style graphique trop flagrant entre les sprites et les CGs, dû aux aléas du développement, le graphiste originel ayant eu des problèmes personnels. Toutefois, la patte graphique de la remplaçante est très appréciable, et j’avoue avoir ma préférence pour le nouveau style, bien que le précédent convienne tout aussi bien. Les musiques ont un petit côté celtique (surtout l’écran-titre) qui est plaisant, mais elles sont peu trop stridentes par moment (ça me fait stresser, mais c’est un ressenti purement personnel). Même si on peut déplorer des longueurs et un début qui se met difficilement en place, Milk reste une œuvre accessible dont le plein potentiel devrait s’affirmer avec le deuxième épisode. Notez qu’il faudra compter trois à quatre pour terminer le premier épisode, ce qui en fait l’œuvre la plus longue de la team.
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AmbreMais mon coup de cœur reste Ambre, le dernier-né de Traümendes Mädchen. Ce court KN (comptez moins d’une heure pour le lire) commence d’une manière classique, avec la rencontre entre un homme et une jeune fille abandonnée qu’il va prendre sous son aile. Cependant, j’ai juste envie de dire que le gâteau est un horrible mensonge. Si Milk tournait clairement en dérision certains aspects de notre vie quotidienne moderne, Ambre pointe du doigt et tapote avec frénésie les artifices de la société moderne et livre un récit lugubre emballé dans un papier cadeau rose et orné d’un joli nœud bleu. L’ambiance sonore est superbe, et LA piste étrange colle à merveille le temps des révélations. Rien à redire sur le côté graphique, c’est du bon travail, surtout les petites animations de feuilles en bas de l’écran et à l’écran-titre, bien que comme pour Milk, j’aurais préféré une unité stylistique (la différence entre les sprites colorisés avec un effet rapide et le décor soigné est déroutante). Maintenant que tout a été dit, vous pouvez en déduire qu’Ambre est indéniablement une réussite. L’histoire m’a saisi aux tripes et j’espère qu’elle vous fera le même effet.

Que dire dans pour conclure ?

Traümendes Mädchen est une équipe fort prometteuse qui ne mérite pas le peu d’attention qu’elle a récoltée jusqu’à présent dans la communauté française. Ce sont des passionnés qui ont fourni un travail important et surmonté de toute évidence beaucoup de difficultés afin de nous conter leurs histoires. Qu’une telle initiative française soit ainsi éclipsée, c’est non seulement contreproductif et injuste quant à la sueur versée. Comment encourager les autres initiatives francophones avec cette froide indifférence qu’elles redouteraient de trouver à la fin de leur périple ? Pire encore, comment les encourager si d’entrée de jeu on les sanctionne s’ils ne sont pas au niveau du prochain Type Moon ? Le contraste est d’autant plus flagrant quand on voit la bienveillance de la communauté anglophone vis-à-vis des créations non professionnelles dans les forums Lemma Soft.

Si leurs œuvres vous plaisent, dites-leur ! Et si vous êtes curieux, lisez au moins un de leurs VNs (je vous conseille Ambre), ils en valent la peine. En espérant que cela vous donne de l’inspiration et du courage pour vous lancer dans l’aventure à votre tour !